Les nouvelles de Nei

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Les nouvelles de Nei

Message par elm6 le Jeu 29 Avr - 0:38

Raccourci vers les commentaires des nouvelles



Ne vous est-il jamais arrivé de voir votre esprit présenter des notions étranges, que votre subconscient refuse d'étudier?
Des idées dont l'accès vous est refusé pour une raison mystérieuse, mais qui sont pourtant bien là, dans un recoin de votre matière grise...
Des choses que vous connaissez mais ne savez formuler.
Des choses sues mais non assimilées, pour ceux qui saisiront la nuance des termes.
Ce sont des choses qui m'arrivent.
C'est ainsi qu'un jour, perdu loin dans mon court passé, est né...

Au-delà du réel!

Poussé par je ne sais quel instinct anormal, manie étrange qui ne m'aura pris qu'une fois, je me mis à créer des dossiers dans le répertoire de mes écrits sur ma session d'ordinateur...
Des dossier désespérément vides, ne contenant aucun fichier. Comme poussé par une force intérieure ou extérieure dont je n'avais aucune conscience et aucune maîtrise, je les affublais d'un nom que je croyais comprendre.
Le premier fut le titre de cette étrange série. Il fut le dossier vide qui contenait tous les autres.
Voila donc ses subalternes, chaque titre étant suivi de la description imagée de ce qu'il m'inspire de manière si floue que je ne peux en dire plus spontanément.

I. La baie du rêveur

"Un baie tranquille au clair de lune, entourée de reliefs abrupts, mêlant végétation, parois rocheuses, sable doux et écume. Un rêveur invisible. Présent sans se matérialiser..."

II. Le cercle-sans-fin

"La ligne est un cercle que l'on sait formé, mais malgré les simples 380°, on tourne et tourne, tandis qu'elle semble toujours coupée..."

III. Le fanal des égarés

"Une plage sans vagues, un phare au loin, imposant malgré la distance, éteint. Une file de personnes, ondulant d'un lieu inconnu jusqu'au phare...le tout en ombres qui se découpent sur un ciel bleu sombre d'où émane une lueur différente de celle de la lune ou même des étoiles..."

IV. Le livre-sans-pages

"Il est fait de papier, des mots y sont insérés, mais sous la couverture, rien ne semble se cacher. Les pages n'existent que si on les ignore. Le secret qu'il renferme n'est pas fait pour être découvert. Mais dans ce cas... pourquoi l'écrire?"

V. L'illusion de réalité.

"Toute vie irréelle, nous, vous, moi, toi, eux. La vie elle-même une illusion, l'illusion un mot dans une chose qui n'existe pas. Rien. Tout. Tout dans rien. Rien dans tout."

Ils étaient donc cinq.
Créés, incompris, puis oubliés...

------------

Puis ce soir, subissant une nouvelle attaque du genre, dans un contexte différent, je me laissais de nouveau manipuler par cette force dont je ne sais rien, affaiblit par la fatigue.
Elle me dictait des mots, et voila que j'écris un poème. Ma main fait bouger la souris, comme tous les jours, mais sans me laisser le choix. C'est bien moi qui contrôle, mais je le fait comme le fusil sur la tempe: j'enregistre ce poème dans le dossier d'Au-delà du réel, par obligation. Parce que c'est ça place, la seule, l'unique...
Le voici...

La rivière s’écoule.
L’oisillon meurt.
Des étendues de sables.
Le tableau perd sa splendeur.
Un chemin vers la vérité.
Pas de serrure. Ni de clé.
Un bonheur passager, une réalité déformée.
Comme à travers de l’eau : floutée.
Chaque coup de feu
Détruit autant en nous qu’en eux.
Un regard en arrière, quelques pas.
Pas d’issue, même l’avant n’en a pas.
La vie d’un interrupteur.
Oscillant entre inexistence et luminescence.
Néant sans paysage.
Univers mirage.
Recherche d’une aide, d’un message.
Espérance vaine, ni action ni haine.
Prisonnier de l’infini.
Paradoxe des génies…


-----------------

Me voila passant pour un fou.
Compliment, tous les grands hommes le furent.
Malgré tout, qui peut dire que la grandeur précéda la folie.
Y a-t-il vraiment un ordre prédéfini...?

Vous vous demandez pourquoi j'écris tout ça.
Parce que je sais que certains pourraient être inspirés...
L'idée est le brainstorming.
Si un des ces concepts, ou plusieurs, vous inspire, écrivez dessus, ici à la suite.
Brièvement ou avec ardeur.
Si je juge que de bonnes idées sont développées, je tenterais de les assembler.
Les vôtres aux miennes. Ou les miennes aux vôtres, qu'importe.
Peut-être obtiendrons-nous quelque chose d'intéressant...

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Futur (courte nouvelle)

Message par elm6 le Lun 26 Juil - 20:12

FUTUR

On est loin des jours heureux, loin des amis, des jeux. L’atmosphère puante englobe une ville toute aussi vomitive. Les déchets radioactifs fluorescents sont de tous les moins nocifs, ce qui laisse imaginer quelles horreurs grouillent sur le sol. Les rats boivent une eau boueuse, la plus pure qu’ils puissent dégoter. L’un d’eux fait les yeux ronds, et explose dans une gerbe d’entrailles et de sang. La végétation a disparu. Il ne reste qu’une sorte de lichen n’ayant rien de naturel. Un homme est assis à terre. Il croque la tête d’un chien mort. Ce n’est pas un clochard. C’est un riche. Riche est celui qui a encore une bête à manger. Moi je suis là, à observer. C’est mon présent. Votre futur. Surement pas le passé de mes enfants, je n’en ai pas. Peut-être est-ce mieux ainsi. Ma femme fut assassinée en ramenant un rat mort à la maison. Tuée par un homme qui a crevé de faim six jours après. Les anciens disent qu’ils sont tous les deux là-haut, et que peut-être s’entendent-ils bien en partageant la nourriture du tout-puissant. J’ai regardé les cieux. Les nuages mortels sont si nombreux que la couche d’ozone va bientôt exploser. Soit Dieu est sur Mars, soit il tousse comme un drogué en ce moment. Bienvenue sur Terre. Bienvenue chez moi. Merci de m’avoir donné la vie, parents, ancêtres. Quel monde merveilleux vous m’avez laissé. Mon petit neveu est à côté de moi. Il me demande à quoi ça ressemblait au début. Je lui ai parlé de vertes étendues, du ciel d’azur. Il ne comprend pas comment le ciel peut être bleu. Aujourd’hui c’est une couleur qui ne se trouve que sur les vêtements. Il ne connait pas les étoiles, ni la lune. Les plus gros diamants ne valent rien face à une ration d’eau potable. Et qu’a-t-il fallu ? Une fuite dans un foyer. Une fuite de gaz qui a fait exploser une maison, puis à la chaîne, un quartier, qui lui-même a fait sauter une centrale, qui en fit sauter une autre, puis une autre. Rares furent les survivants. Ce qui est fou, c’est que vu ce qu’il reste du monde, nous qui sommes encore là, ne sommes pas les plus chanceux.
Les hommes ont agi bêtement, trop habitués à leurs machines et au bouton reset. Mais là, ce n’est pas comme dans les films. On n’a pas de deuxième chance…

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Les nouvelles de Nei

Message par elm6 le Mer 1 Sep - 13:05

Ce récit, aini que celui qui suivra juste après, n'est pas inconnu des Ookamiens.
Mais j'avais oublié de le poster ici donc voila.

Avant que vous lisiez, sachez que cette nouvelle est le récit d'un rêve que j'ai fait.
J'ai tenté d'y apporter une forme dans la rédaction, mais j'ai retranscrit les "évènements" tels que je les ai rêvés, d'où une impression de flou ou de désordre.


Je suis dans une voiture sous la pluie, direction « je-ne-sais-où ». L'impact des gouttes sur le véhicule produit un son apaisant. Bercé par le bruit bienveillant de la pluie, je m'endors.

FLASHBOUM!

Je suis à l'arrêt de bus de pétaouchnok. Martin est à côté de moi. Je suis obligé de lever la tête pour lui parler. Je ne suis pas un nain, c'est lui qui est grand. Nous montons dans le bus et arrivons chez lui. Nous commençons par faire un tour complet de sa maison avant d'entrer. N'imaginez pas que je sache pourquoi... . Nous entrons. Avez-vous déjà visité Versailles? Je ne me souviens pas à quoi ça ressemble à l'intérieur, mais je suis sûr que c'est dans le même genre. Nous rencontrons ses parents. Ils se présentent et me citent leur nom que j'oublie aussitôt.

FLASHBOUM!!

Je me réveille dans un lit que je ne connais même pas, dans une maison qui m'est également inconnue. M'interrogeant intérieurement, je laisse mon corps diriger seul. Je ne saurais l'expliquer mais mes jambes en savent plus que ma tête, elles savent où elles vont. J'ouvre la porte de la pièce. Je m'aperçois que je ne suis pas seul dans le bâtiment. Je grogne intérieurement de surprise mais mon visage ne laisse rien paraître. Évidemment, lui savait.
Vous n'imaginez pas comme c'est déroutant de voir que votre corps sait des choses que votre esprit ignore. Déboussolant.

Je sors de la chambre en laissant la porte ouverte. Des visages me sont familiers. Captain Spook, Brottor, Tonio, Jerem, plein d'autres. Certaines personnes, beaucoup en fait, me sont totalement inconnues. Mais je marche vite et leurs visages sortent de mon champ de vision avant que ma mémoire n'ait pu imprimer leurs traits inintéressants. Je ne sais toujours pas pourquoi je suis là, mais mon corps semble avoir décidé que ce n'est pas pour ça.
J'entre alors dans une grande pièce. On se croirait un Jour de l'An tant elle est bondée. Peut-être est-ce le cas, qui sait? Les gens sont involontairement répartis de manière à former une allée au centre. J'avance de quelques pas avant de m'arrêter. Une silhouette est présente dans l'allée obscure. Je suis certain qu'elle n'y était pas cinq secondes auparavant.

FLASHBOUM!!!

Je suis toujours au même endroit. La silhouette est toujours tapie dans les ténèbres de la pièce, face à moi. J'avance vers elle. Ainsi, je m'aperçois de plusieurs choses. Mon corps a cessé son petit jeu et ne fais plus qu'un avec mon esprit. C'est rassurant. Pas le reste.
Personne ne bouge, les sourires sont figés, les gens pétrifiés, le bruit suspendu. Le temps semble s'être arrêté. Pour tout le monde, sauf moi... .
Erreur, il en est de même pour la silhouette qui me fait face dans l'allée. Mon petit doigt, le gauche plus précisément, car le droit ment parfois, me dit que cette personne est celle pour qui je suis ici. Je m'approche plus près. Elle attend. Je la regarde. Elle aussi.
C'est une fille dont les cheveux châtains ondulent jusque sous les épaules. Son visage clair et lisse ne laisse aucun défaut apparent. Elle est blottie dans une longue et belle cape vert sombre qui lui descend jusqu'aux pieds. Je croise son regard. Il brille d'intelligence. Ses paupières ouvertes aux cils mi-longs laissent apparaître de magnifiques yeux verts. Trop beaux pour qu'on puisse les décrire, on ne peut que les voir, et se laisser hypnotiser.
Un scintillement luit dans les profondeurs de son œil droit. Quelque chose cloche chez cette fille. Elle fait peur. Elle fait peur parce qu'elle fait des choses qu'on ne peut pas faire. Elle fait peur parce qu'elle est mystérieuse. Elle fait peur parce qu'elle ne devrait pas être là. Bien qu'indiscutablement humaine, elle paraît trop belle pour l'être réellement. Une beauté étrange, effrayante.
Il n'empêche qu'elle m'entraîne dans une autre pièce. Et que je la suis. Parce que je suis hypnotisé, me direz-vous? C'est possible.
Mais j'ai le sentiment que je l'aurais suivie de toute manière.
Car la peur que m'inspire cette jeune fille n'est pas des peurs qui vous incitent à partir en courant, ni de celles qui vous paralysent de terreur. Cette peur est de celles qui amènent l'excitation. C'est la peur qui précède les belles histoires.

Nous retraversons le bâtiment en sens inverse et entrons dans la chambre, qui à vrai dire m'est toujours inconnue. La porte-fenêtre de la pièce est grande ouverte et il pleut des cordes, mais l'idée de la refermer ne me vient pas à l'esprit. Je me contente d'observer longuement l'extérieur. Nous sommes certainement en fin de journée, mais il est impossible d'être plus précis. Il ne fait qu'à demi-jour car les nuages grisonnants obstruent le ciel, filtrant la lumière. La pluie est apaisante... de nouveau. Mais elle est cette fois-ci entrecoupée d'éclats de tonnerre.

Quand je reporte enfin mon attention vers l'intérieur de la pièce, la fille aux yeux verts est assise en tailleur par terre, dos à moi. Je la contourne et m'assois face à elle. Ce n'est qu'à ce moment que j'aperçois au creux de ses mains trois dés. Ils sont de couleur jaunâtre et ont l'air un peu délavés, comme s'ils étaient faits en os. Ils ont la forme de dés à dix faces, que vous connaissez peut-être, mais en possèdent quarante-deux. Numérotés de un à vingt-et-un, chaque nombre est présent en deux exemplaires sur chacun des trois mystérieux instruments.
La fille bouge la main. Elle va les lancer. Le temps qu'ils mirent à rouler fut très bref, comme si la scène s'était déroulée en mode accéléré. Le son de leur impact semblait amplifié, comme s'il s'agissait de quelque chose de beaucoup plus lourd. Je ne me souviens pas du résultat qu'affichèrent les dés, peut-être ne l'ai-je même pas regardé. Pourquoi l'aurais-je fait sachant parfaitement que je n'en devinerais pas la signification.
Je reporte alors mon attention sur la fille aux dés, espérant trouver sur l'expression de son visage des réponses que les chiffres ne pouvaient m'apporter. Mais elle était impassible. J'eus beau chercher, je n'ai jamais trouvé ces réponses sur son visage, je les ai trouvées dans ses yeux.

Je croise son regard à nouveau. Et je m'y perds. Ma vue, mon imaginaire, sont en train de plonger dans les vertes profondeurs de ses pupilles. Je tombe, comme aspiré dans un tourbillon vert sombre qui part dans une spirale infernale. Puis, je vois une lumière. Et la sortie de cette grotte magique apparaît. Je sors... et cherche vainement mon corps, mais il n'est pas là. Il est resté derrière moi, à des distances immensurables, dans la chambre.
J'erre, mon imaginaire erre, tel un fantôme, dans le ciel étrange qui m'entoure. Il ne pleut plus. J'en déduis que je suis loin de l'endroit que je viens de quitter, bien que je ne puisse dire si la distance se situe au niveau de l'espace où du temps.

Je fais la seule chose que je puisse faire, attendre, et observer. Le ciel et les nuages sont rouges comme lors d'un coucher de soleil. Pourtant, la nuit est déjà tombée depuis longtemps. Je devine qu'il fait une chaleur étouffante même si je ne peux la ressentir, le goudron des routes, loin en dessous de moi, ramollit, et des gouttes d'évaporation perlent dans les airs. J'entends un bruit sourd, comme l'orage. Mais ce n'est pas l'orage, le bruit est continu. Les gens sont tous dehors, en pyjama ou robe de chambre, intrigués par l'agitation qui règne au-dessus de leur tête.

Soudain, l'espace d'une seconde, le bruit explose, incroyablement amplifié. Une brèche circulaire s'ouvre alors, là-haut dans l'atmosphère, tandis que quelque chose d'énorme y pénètre. Une boule. Une gigantesque boule de feu, de la taille d'un grand village. Un météore comme on espère ne jamais en voir. Je l'entend percer l'air et suit sa course des yeux. Plus il approche, plus le son qu'il produit augmente. Je regarde, et j'ai peur. La chute de l'objet incandescent semble interminable, comme s'il allait tomber à l'infini. Mais tout à une fin. La chute en a une, et elle correspond également à celle de la vie de ses pauvres gens que mon imaginaire, téléporté au niveaux du sol, effrayé et impuissant, voit détruits par le déflagration de flammes générée lors de l'impact du monstre de feu.

FLASHBOUM!!!!

Je me réveille en sueur au milieu du lit du gîte dans lequel je passe une partie de mes vacances d'été, en Auvergne. Ce n'était qu'un rêve. Tout ça n'était qu'un rêve. La seule chose réelle est l'orage. Il pleut des cordes et le tonnerre est fort…
... trop fort.



FIN

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E***** de chauffeur

Message par elm6 le Mer 1 Sep - 13:06



Sachez que ce récit (si on peut l'appeler ainsi) est tiré d'un rêve, tout comme le premier.
Mais dans un style un tantinet différent. Je vous laisse en juger par vous même.
/!\Attention, vulgarité détectée/!\

Je suis je ne sais pas où, pas chez moi en tout cas, mais le coin ressemble vaguement à Rodès. Le village a juste du être remasterisé par un designer à moitié abruti. Ce rêve aussi d’ailleurs, mais passons. Je sors d’une baraque au portail blanc électrique située à l’opposé de l’endroit où j’habite réellement. Près du Mas donc. C’est le matin. Je le sais parce que je vais prendre mon bus pour aller au lycée. Le trajet est long jusqu ‘à l’ancienne coopérative où se trouve l’arrêt. Mais je sens pas le poids de mon sac sur mon dos. Je l’ai peut-être oublié… . M’en fout. Je marche jusqu ‘à là-bas. C’est cool je vois pas le temps passer pendant le trajet. Vous posez pas de questions, c’est normal c’est un rêve. Pire, c’est mon rêve ! J’atterris donc à l’arrêt de bus. Je sais pas si les gens qui attendent sont nombreux. Les ai pas regardé, pas que ça à foutre moi. Oui je sais je suis bizarre. Mais je vous rappelle que c’est un rêve, même si moi, comme un imbécile à l’intérieur, je suis pas foutu de m’en rendre compte.

Un bruit indescriptible qui n’a absolument rien à voir avec un moteur s’approche. L’idiotie artificielle de mes songes me prévient. C’est le bus. Un bus qui fait un bruit autre que celui d’un moteur ? Mais oui je vous dis ! Faites moi confiance putain de merde !
C’est mon petit doigt qui me l’a dit ! Le droit, c’est vrai, il fait des blagues de temps en temps, mais là je suis sûr qu’il a raison. J’observe le tournant au bout de l’allée. Ca y est ! Quelque chose apparaît ! C’est gros ! Ça a des phares ! Une grosse vitre à l’avant ! Et même un volant ! Ouais un bon gros volant ! Vous ai grillé, j’avais raison ! C’est bien le bus !!
Ha ! Ha ! Qui veux encore se mesurer à Tintin, hein ! Oui …Tintin …Quoi ?!! Oui j’appelle mon petit doigt Tintin, ça dérange quelqu’un !?

Le bus arrive, il contourne le gros pot de plantes au milieu du parking, pot qui n’est d’ailleurs pas présent. M’enfin le chauffeur doit être idiot, voila tout. D’ailleurs, c’est pas le même de chauffeur. Pourquoi ils nous ont changé notre moustachu ? Il était gentil notre moustachu. Il avait la cinquantaine passée, mais je vous jure qu’il était pas encore gâteux ! Allez renvoyez-le nous quoi ! Il était cool ! Et pis il demandait jamais la carte aussi ! Un bon chauffeur ! Celui-là que je vois là, j’aime pas sa gueule ! Qu’est-ce qu’il m’a fait ? Mais absolument rien pour l’instant. Alors pourquoi j’aime pas sa gueule vous me dites ? Mais de quoi je me mêle, hein ! J’ai le droit de pas aimer la gueule de qui je veux d’abord ! Et pis il a l’air normal comme ça. J’aime pas les gens qui ont l’air normals. Y sont pas marrants. Quoi ? Ca se dit pas « normals » vous dites ? Ah ouais ? Bin maintenant oui. C’est la dictature de mes rêves. J’y ai le monopole orthographique. Puristes cardiaques, s’abstenir ! Je remarque d’ailleurs en passant que ce correcteur d’orthographe de Word me casse gravement les couilles. Il cherche l’embrouille ça se voit. Mais je lui règlerai son compte en temps voulu, là je reviens à mon rêve. Oui donc le chauffeur dont j’aime pas sa gueule ouvre la porte. La foule se presse plus vite que d’habitude autour du bus. Ils veulent tous rentrer en preums. Bande d’idiots. Ils se pèlent le cul plus fort qu’avec un rasoir ou quoi ? Bin tient je les grille pour une fois. Ça leur apprendra à être aussi pressés. Non mais how ! Je rentre je m’installe. J’ai pas dit bonjour au chauffeur. J’ai oublié. L’inconscient de l’idiotie artificielle de mes songes fait bien les choses de toute façon, puisque je l’aime pas. Je vais pas lui dire bonjour…

Tiens… d’ailleurs on dirait que c’est pas le même bus. Ils ont peut-être jeté sa vieille carcasse avec celle de l’ancien chauffeur. Dommage, ils me manqueront et si faut on aurait pu faire quelque chose avec la tôle. Tiens c’est bizarre le bus démarre vite. La porte est déjà fermée ? Bah oui. Dis donc y z’ont fait vite tous ! Mais….j’y crois pas ! Yen a plein dehors encore ! Y sont cons ou quoi ? Pourquoi y rentrent pas ? Eux qui étaient si pressés un peu plus tôt. Tiens…ils ont pas l’air content. Mais avec le bruit de l’engin et les vitre j’entend pas ce qu’ils disent. C’est marrant, on dirait une bande de carpes qui gesticulent en remuant les lèvres ! Ya même un ou deux thons ! Je lis sur leurs lèvres. Normalement je sais pas le faire, mais cette super idiotie artificielle de mes rêves m’aide vachement, c’est cool. Ils disent :
« Fais nous rentrer connard de chauffeur ! »
Drôle de discours pour des carpes. Mais le chauffeur ne mord pas à l’hameçon. De toute manière mon idiotie artificielle me dit qu’il n’aime pas beaucoup le poisson. En fait il a l’air de vraiment haïr le poisson. Sous le regard scandalisé des autres occupants du bus et mon air je m ‘en foutiste, il se taille. Je prie pour que les carpes arrivent à remonter la rivière. Je déteste gaspiller la nourriture. Enfin juste dans le rêve parce que sinon je m’en fout. Vu que je vis pas en Somalie, je suis pas concerné. Le trajet se fait sans mon mp3. Arg !! Trajet sans musique, damned ! Mais non voyons ! L’idiotie artificielle de mes songes ne va pas me laisser tomber dans un cas comme ça! Je vais pas voir le temps passer ! Trop forts mes rêves ! Qu’est-ce qu’il faut être bon pour rêver des trucs pareils ! Et hop, le temps se module ! Et rehop ! Je suis arrivé !
….Et rehop … ce connard de chauffeur repart avant que j’aie eu le temps de descendre.
« Hé mec ! T’as pas l’impression que t’oublie quelque chose ?! »
Je joue au dur là, mais je suis un peu énervé faut dire.
Même pas qui me répond. Bouffon…

Bizarre, ma colère s’en va avant même de penser à faire un attentat terroriste. Pas grave. Je redescendrais dans ce truc qui ressemble à Rodès et je retournerai faire dodo dans cette maison qui n’était pas la mienne. J’avais pas trop envie d’aller en cours de tout façon. Aller on fait demi-tour ! Tchou Tchou ! …euh ! Vroum Vroum ! Je me demande un truc d’ailleurs. Dites, je serai pas un mendiant, un SDF, dans mon rêve ? En tout cas le SDF a l’air d’avoir trouvé une baraque sympa avec un portail électrique et tout et tout ! La classe non ? Finalement, j’ai bien envie d’aller en cours. Mon téléphone sonne. C’est mamie. Qu’est-ce qu’elle veut ? Bah je le saurai que si je réponds de toute manière. Allez, hop tic tac :
« Allô ? »
Stop now, je connais pas la suite de la conversation. Je parle, c’est tout ! Censured ! Privé ! Même pour moi capish ! Bon en tout cas elle doit blablater comme d’habitude parce que ma conversation n’en fini pas. Le bus s’arrête sur le parking de la coopérative. L’autre trou du cul veut prendre une pose on dirait. Super, je vais prendre l’air moi aussi. Je parle toujours au téléphone. Il fait frais dehors, avec un petit vent agréable. C’est vivifiant. Comment ? Une odeur bizarre ? Ah tiens oui ! J’avais pas remarqué parce que dans mes rêves encore moins qu’en réalité je fais pas gaffe aux odeurs. Les carpes sont toujours là. Sûrement que leur minable cervelle mouillée leur permet pas de faire autre chose que ce que leur indique leur programmation. Bande de petits êtres inférieurs !
Tiens ! Ils ont la même expression pas contente que quand je les ai quitté tout à l’heure ! Ils ont dû bugger !
Pfff ! Sales puantises mal programmées ! Si celui qui aligne les lignes de codes fait pas bien son boulot lui non plus on est vraiment dans la merde ! Heureusement que c’est un rêve et pas un jeu parce qu’il serait resté dans le rayon, c’est moi qui vous le dit !
Je jette un coup d’œil autour de moi entre deux paroles au téléphone. Quoi ?! Ils rentrent !
« Désolé mamie ! Je te laisse, bisou ! ….Oui, tchao ! »

Je me précipite vers la porte. Il la ferme. Je reste planté devant comme un palmier, avec l’air d’un anaconda qui a mal digéré un iguane. D’une question muette, je lui dis de m’ouvrir.
Il me regarde avec son sourire débile. Il me fait penser à Gaston Lagaffe alors qu’il veut se donner un air mauvais.
Je commence à m’échauffer légèrement.
« TU VAS M’OUVRIR ESPECE DE BOUSE CRYOGENISEE !!!!!! »
Il entend pas où il fait exprès ?! Il m’entend pas ET il fait exprès à mon avis.
Un éclair maléfique me traverse l’esprit. Mes penchants terroristes reprennent doucement le dessus. Il doit l’aimer son bus, hein Gaston ? Sans ton bubus, tu feras plus le PD comme ça, tu le sais hein ? Oui il doit tenir à son bus autant qu’un cromagnon à sa massue. C’est-à-dire….bah en fait j’en sais que dalle. Bon reste que je fous un coup de poing dans la porte de son bubus. Gentiment au début. Il réagit pas. Ok ! J’y vais beaucoup moins gentiment. BLAMBLAMSPLOTCHBRUKCHM !!! Je martèle la porte. Mais elle ne cède pas. L’autre salopard à l’intérieur y fait à peine cas. Moi aussi. J’essaie surtout de le faire chier. De me venger. Je tape de plus en plus fort. Même pas mal aux poings, cette idiotie artificielle de mes songes a fait de moi un vrai Berserker ! Hou la vile crapule ! Il démarre ! Mais Masto le Berserk n’a pas dit son dernier mot. En accord avec le commandement du Lieutenant Tintin, je m’accroche à la porte. Je pars avec le bus. Dehors, certes, mais je m’accroche et j’avance. J’affiche un air démoniaque qui fait comprendre au chauffeur que maintenant je le hanterais jour et nuit, trajet sur trajet. Et lui il se contente d’afficher l’expression d’un clown sadique qui est en manque de chips. J’y comprends plus rien. Mais je m’accroche et je tape toujours.
Il accélère. J’accélère les coups. Tintin m’informe que je risque de lâcher si bubus court plus vite que Milou. La petite teuhpu de chauffeur semble prendre un instant de pitié. Il s’arrête. Je lâche la porte. Je hausse les épaules : « Alors ? T’ouvres ou merde ? ».
Il me fait un non de la tête. Je meurs d’envie de lui faire gicler la cervelle avec un marteau. Mais j’ai pas de marteau dans mon attirail scolaire. Dommage mais je me rappelle que j’avais oublié mon sac de toute façon. Il doit bien y avoir une armes à la masse acceptable dans les chantiers pas loin, là où ya des maisons qui se construisent, mais j’aurais pas le temps d’aller jusqu’à là-bas et de revenir avant qu’il se taille.
Mes yeux lancent des éclairs. Il s’en bat les couilles complet. Je m’énerve encore un peu plus.

Je ressemble maintenant à un terroriste blasé d’avoir oublié sa bombe dans le garage après avoir lacé ses chaussures. Fais chier !
Je tape toujours plus fort, mais le bus, c’est Superman ! On dirait presque le goal de Newcastle dans PES 2008 ! Vous le connaissez ce goal ? Un truc de ouf ! Il est invincible. Ca fait longtemps que je dis qu’ils se sont trompés dans les films. C’est pas Clark Kent, Superman ! C’est Given, le goal de Newcastle ! J’y mettrai ma main au feu, tant qu’il est froid.
Bon bin j’abrège, ce bus est pareil. Indestructible, indémontable. Même l’idiotie artificielle de mes songes n’y peut rien. Pourtant je la sens à l’œuvre. Le programmeur a vraiment fait un boulot de merde ! Il a oublié de mettre les PV du bus ! Et maintenant, on peut pas le vaincre. Ce Crétin des Iles de dedans me fait un fuck en plus ! J’y crois pas ! Il m’a fait un fuck ! Il m’a vraiment fait un fuck !!! Je l’attaque à coup de fucks plus puissants ! Mais la vitre avant du véhicule le protège comme un miroir réfléchissant et je me croirais en train de lutter avec Brice de Nice ! Merde ! Merde ! Merde !
Putain de programmeur de cochon d'inde de chiasse de daube de merde de clambouille des près des vaches à fléchettes ! Impossible de finir la Rêv’partie si le boss de fin est invincible ! Mon petit Tintin en a les larmes aux yeux ! Je frappe encore et encore mais ya rien à faire. Alors tandis que mon réveil sonne et me tire peu à peu du sommeil, je revois une dernière fois le trou du cul redémarrer son bus sans se soucier de mes coups, et tout se brouille.

Je me lève pour éteindre le portable qui a déclenché son alarme avec toujours cette image du fuck, floue mais en gros plan dans la tête. Je fous mon téléphone dans ma poche après avoir stoppé la sonnerie et je vais me préparer pour aller en cours, pour de vrai cette fois.
Et je suis énervé, très énervé. On ne peut plus énervé. Le chauffeur va morfler. Dans un rêve, je suis limité. Mais là je lui promet que le bus aura des PV et qu’il finira par tomber sous mes assauts. Une fois près à partir, je m’élance sur le chemin de mon destin. Cette fois-ci, c’est bien de chez moi que je sors, la haine au cœur. La machine est en route et chaque seconde me rapproche un peu plus de ma cible. Chaque seconde mon cœur bat un peu plus vite et mon corps sécrète le doux parfum de la vengeance. Ça va saigner. J’arrive à l’arrêt. Le pot avec les plantes est revenu. Tant mieux. J’enterrerai le corps dedans comme ça, ça fera de l’engrais. Le bus arrive. Le bruit d’un moteur cette fois-ci. Mais le stratagème pour me faire oublier ne marchera pas. Je vais nous venger, mon petit Tintin, ne t’inquiètes pas !
Le bus s’arrête. Tout le monde rentre. Et….surprise, c’est notre ancien chauffeur ! Comme ça fait plaisir de revoir sa vieille carcasse de bus et sa moustache grise ! Je rentre et je lui dis même bonjour ! Je m’assoies et allume mon mp3.
« C’est fini, mon petit Tintin…. Ce n’était qu’un rêve…. ».



FIN

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Quand sonne le glas

Message par elm6 le Sam 20 Nov - 15:53

« Quand votre esprit vous invente une peur, il n’y a rien à faire pour vous en sortir… »

« Une peur extérieure, et on trouve dans nos pensées le courage de l’affronter ou de l’oublier.
Mais si la peur vient de nos pensées, où ira-t-on chercher ce courage ? »



Quand sonne le glas



Je m’appelle Jack Landers, et si vous lisez cette histoire, c’est certainement qu’elle est ressortie du scan de mon cerveau lors de l’autopsie, car je puis vous assurer ne l’avoir jamais rédigée.

Aujourd’hui, nous sommes le 31 octobre. Ce qui signifie que des mioches masqués vont venir sonner chez moi pour quémander des sucreries en tout genres, avec leurs masques hideux et leur naïveté dégoutante.
Je hais Halloween. Depuis tout petit. Je me retrouvais au milieu de tous ces enfants déguisés, et je voyais l’horreur partout. Leurs masques qui les faisaient rire étaient effrayants.
A présent, j’ai 38 ans. Mais je redoute toujours cette nuit. Je n’ouvrirais pas lorsque les sales gamins vont sonner.
Il fait jour, mais la peur m’envahit déjà. Une voix dans ma tête résonne, mais elle est encore trop faible pour que je l’entende vraiment. Elle murmure, des choses incompréhensibles, mais ce que l’on ne comprend pas, c’est ce qui nous effraie. Je lui dis de se taire mais je me sens idiot. Me voila en train de discuter avec mon subconscient.
Les secondes passent lentement, et tandis que je scrute la fenêtre, craignant d’y voir apparaître un de ces cauchemars masqués, on s’adresse à moi.
« On est nerveux, Jack ? »
Je me retourne subitement, cherchant partout autour de moi la provenance de cette voix.
« Qui êtes-vous ? Où êtes-vous ? »
La voix ricane à m’en faire vibrer les tympans.
« Tu ne te reconnais pas toi-même, Jacky ? Ah ! Ah ! Ah ! Très nerveux oui ! »
Me voila encore à dialoguer avec moi-même, à voix haute pour répondre à ma pensée.
Maintenant qu’on y est, peu importe, autant continuer, peut-être que tout s’arrangera…
« _Je ne suis pas nerveux, ce ne sont que des enfants déguisés et je le sais !
_Alors, pourquoi tu surveilles autant ta fenêtre ? Et pourquoi ne leur ouvriras-tu pas ? Hein Jacky ?
_Je… je n’en ai pas envie, mais je sais qu’ils ne sont pas dangereux.
_Tu le sais, ou tu essaies de t’en persuader ?
_Qu’est-ce que tu racontes, comment des enfants innocents pourraient-il me nuire ?
_Je ne sais pas, mais peut-être qu’ils pourraient. Est-ce vraiment de l’innocence sous ces masques ? Toi tu étais innocent, mais tu n’aimais pas les masques, tu n’en mettais jamais. Mais eux, toutes ces horreurs les font rires, c’est… malsain, non ? »
Me voila encore plus mal. Subconscient de m**** ! J’étais resté ce temps à dialoguer en scrutant la fenêtre, et voici que la nuit est tombée.
J’entends un gong et je sursaute. En me retournant dans l’obscurité de la pièce, je me rends compte que ce n’est que ma pendule. Mais la voix en rajoute :
« Quant sonne le glas… me dit-elle. »
C’est vrai, il n’y a eu qu’un seul gong ?
Pourquoi ? Il est pourtant 21h. Put*** je suis en train de m’effrayer tout seul.
Je vais allumer la lumière, il fait trop sombre. Je sens l’autre moi se tordre d’un rire sadique.
« Tu crois qu’une ampoule 60Watts suffira à te sauver la vie ? »
Je me surprends à crier.
« MA VIE N’EST PAS EN DANGER !!! »
La voix rie de plus belle, et manque de s’étouffer lorsque la sonnerie retentit.
Elle tousse, puis me dit :
« Tiens, c’est la mort qui vient t’apporter une lettre. »
C’est faux, je le sais. Ce sont les enfants. Je n’ouvrirais pas, ils vont repartir à la maison d’à côté et ce sera fini.
« Ils ne partiront pas Jacky, tu as allumé la lumière, un coup d’œil à la fenêtre et ils sauront que tu es là !
Merde ! J’avais oublié !!
Je cours à l’interrupteur et éteints.
La sonnerie retentit à nouveau. Je suis dos au mur, collé dans un coin, haletant, comme si un tueur tentait de crocheter ma serrure. Les voix proviennent de la porte.
« Des bonbons ou un sort ! Des bonbons ou un sort ! »
Mon esprit s’embrume, et les voix changent, elles semblent plus nombreuses, plus graves.
« Des bonbons ou la mort. La Mort ! »
Mes yeux s’écarquillent. Puis plus rien. Pas un bruit. Plus de sonnerie. Pas de cris. Ils sont partis ?
Je me décolle du mur et tente quelques pas silencieux. Alors, à la lueur d’un lampadaire, une ombre masquée surgit à ma fenêtre, les deux pommes posées sur les carreaux. Le visage déformé m’observe. M’a-t-il vu ? J’ai l’impression que ses deux grosses orbites vides m’ont passé au scanner pendant plusieurs minutes, mais ça n’a duré quel quelques secondes.
L’horrible masque disparaît aussi vite qu’il est apparu.
« Voila, il t’a vu. Et il reviendra. C’est ton reflet que tu as vu dans cette vitre, ton visage après qu’ils soient venus te chercher, Jacky ! »
C’est quoi se délire ! Je cours vers l’interrupteur et je l’actionne ! Comment ? Pourquoi ça ne s’allume pas ! Je vais au disjoncteur et je fais bouger tous les boutons. Rien !
« Haha ! Je crois qu’on va rester dans le noir ! C’est plus dans l’ambiance ! Hé ! Hé ! Hé ! ricane la voix. »
Elle a raison, je n’ai pas d’ampoule pour remplacer celle-là et elle a du griller. Mais je peux aller dans une autre pièce. Suis-je bête.
J’allume la cuisine. Rien. L’escalier. Non plus. Je monte à la salle de bain, dans ma chambre ! Rien de s’allume. Nulle part. Dehors, le vent s’est levé. Il souffle tel un râle. Les feuilles d’automne virevoltent et donne à l’extérieur un aspect tout aussi terrifiant. Dans les maisons alentours, aucune lumière allumée, aucun signe de vie. Que se passe-t-il ?
« Mais c’est l’innocence Jacky. Les enfants innocents dont tu parles. Ils ont fait sonner le glas. Ils t’ont plongé dans les ténèbres. »
C’est vrai, ils me l’avaient dit : ‘Des bonbons ou la mort.’
Pourquoi ne leur ai-je pas ouvert ! Idiot que je suis !
« S’ils reviennent, je leur donnerais tous ce que j’ai au placard ! me dis-je.
La voix semble en désapprobation.
« C’est trop tard mon pote. Tu les as contrariés, ils ne veulent plus de sucreries. Les démons sont réveillés. »
Je tremble et tremble encore. Je m’assoies sur mon lit et je compte les secondes jusqu’à demain. 22h. 23h. 23h30. Je m’assoupis. Mes rêves sont peuplés de cauchemars, et je ne sais pas si je me les imagine en étant endormi ou éveillé. J’ouvre les yeux un peu après minuit. Le grenier grince.
La voix me parle de nouveau.
« Ce ne sont pas les rats, Jacky. »
Je regarde partout, craignant de voir surgir un mal à tout instant. Je bondis au plafond en entendant les volets grincer. Puis les portes. A la salle de bain, le robinet se met à goutter. Plop…… Plop……Plop ! C’est trop ! Mais ce n’est pas fini. La petite horloge sur ma table de chevet qui fait tic-tac, tout le temps, en rythme. C’est insupportable. Ma fenêtre, vieillotte, laisse passer l’air par en-dessous l’air et un courant froid vient frotter mes cheveux. La lumière qui transite entre les volets entrebâillés dessine des ombres mouvantes sur le mur face à moi, et j’y décerne mille visages.
Ma main se resserre sur le couteau de cuisine posé à côté de moi sur mon lit. Mais !!?? Que fait ce couteau ici !? Quand ai-je pris un couteau.
« Mais tout à l’heure, quand tu courais partout dans la maison pour allumer la lumière, et que tu as visité la cuisine, Jacky. Je sentais que tu avais peur de monter à l’étage, alors je t’ai fait prendre une arme, pour te défendre. »
Impossible, je ne m’en souviens pas…
« Et j’avais raison, regarde, ils sont là, ils viennent pour toi. »
Je lève les yeux, trois gosses, les bras le long du corps, debout face à moi. Leur masque est retiré, mais leur yeux sont tout blancs, vides, inexpressifs. Je serre plus fort le couteau et me met en garde. Mais… où est-il ? Ou est le couteau ? Je panique. L’enfant du centre, lève les deux bras à hauteur de son visage. Il tient à deux mains le couteau, plus grand que sa tête. En dessous de ses yeux toujours vides, un sourire maudit se dessine sur son visage enfantin. Je vais mourir. Je hurle.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRGHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!!!!

Le lendemain, je hurlais encore, avec une voix déchirée. Plus jamais mes cordes vocales ne seraient les mêmes. Ça a alerté les voisins, qui ont accouru.
J’ai fini en hôpital psychiatrique pendant deux mois. Ils n’ont rien pu faire pour moi. S’apercevant que j’avais l’air d’être revenu à moi et d’être à peu prêt sain d’esprit, ils n’avaient plus de raisons de me garder, et je peux rentrer chez moi. Le temps passe encore.

Aujourd’hui, nous sommes le 30 octobre. Demain, ça fera un an.
La pendule de mon salon sonne les douze coups de minuit, mais je n’en entends qu’un. Et déjà, la voix se réveille. Elle me murmure, mais je l’entends cette fois-ci.
« C’est le glas, me susurre-t-elle. »
Ça va recommencer. Et je ne peux rien y faire. Je dois prendre une décision. Si votre tourment provient du plus profond de votre subconscient, il n’y a plus qu’une chose à faire : arrêter de penser.
Alors, adieu…

Fin.


Dernière édition par Nei le Lun 25 Avr - 11:49, édité 1 fois

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Re: Les nouvelles de Nei

Message par elm6 le Mar 12 Avr - 11:15

Hop, voici ma dernière nouvelle en date.
Il s'agit d'un conte que j'écris hier soir à une heure tardive (trop tardive peut-être?).

PS: Merci garsim pour le tri dans les commentaires et la fusion des topics. Wink

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LE LIVRE SANS PAGES

Il errait, voyageur solitaire, âme vagabonde, dans les confins de la forêt dense. Il se plaisait à arpenter les terres reculées du royaume des fées. Il admirait mont et merveilles, et ses foulées couvraient plus de lieues qu’il n’est humainement possible de le compter. Certains eurent dit qu’il avait tout vu. Il en pensait tout l’inverse. Et c’est pourquoi il continuait à avancer.
Mais notre vagabond vieillit, tout homme qu’il était. Vint un jour où ses jambes durent s’appuyer sur une canne, et où son cœur lui clama de stopper ses vadrouilles. Alors, il rentra dans sa chaumière, celle qui l’avait attendu toute sa vie. Ils firent plus ample connaissance, et le vieil homme se réjouit d’avoir pour compagne cette bicoque qui le protégeait du froid et lui offrait confort pour ses vieux jours. Lorsqu’il se sentit seul, il recueillit de petits orphelins. La plus âgée d’entre eux, une jeune fille émerveillée par les histoires qu’il contait, l’assistait dans la tâche. Lorsqu’elle fut majeure, il lui légua tout son héritage. Les mauvais parleurs en ont ri, car il ne possédait que ce petit chalet dans la forêt, fait de bois et de paille. Mais les orphelins, eux, savaient qu’ils avaient reçu bien plus. Il leur avait légué la magie des rêves, des histoires toutes plus incroyables les unes que les autres. La jeune fille entreprit de les coucher sur papier, et continua de la raconter à ses fils. Ses frères firent de même. Les contes se propagèrent au fil du temps et des terres. Ils devinrent peu à peu des histoires, puis enfin des légendes. Le problème avec les légendes, c’est que les gens, parfois à tort, croient qu’elles n’ont jamais existé…

Bien des près ont fleuris depuis la mort de la jeune fille et de ses frères. Aujourd’hui, la bicoque a été retapée par un charpentier et un maçon. Elle est habitée par un jeune homme sympathique mais peu courageux. Peut-être est-il un descendant des orphelins, peut-être pas. Toujours est-il qu’il avait lu les ouvrages toujours présents dans les étagères du salon. Pas par respect pour un vieil homme dont il ignorait jusqu’au nom. Seulement parce qu’il s’ennuyait. Mais il faut parfois oublier les raisons qui poussent un homme à faire quelque chose, et se contenter de louer l’acte lui-même. Ainsi, Lénice – car c’était son nom – avait lu les contes. Peut-être qu’il ne les avait pas aimés. Probablement que comme tous les autres jeunes gens à qui on les lisait, il ne les avait pas crus plus longtemps qu’il n’est nécessaire au fonctionnement de l’histoire. Mais le fait est que pendant un instant, alors que ses yeux parcouraient les lignes, son esprit était ailleurs. Il vagabondait allègrement aux côtés du vagabond, et il s’émerveillait aussi devant la magie du lointain. Mais ce qui nous amène aujourd’hui près de Lénice plus que d’un autre n’est pas sa faculté à voyager avec l’ancien. Le jeune homme n’est pas des plus imaginatifs, et il n’est capable de voir que des bribes des images que le texte lui décrit. Il a voyagé dans un monde incomplet, aux couleurs aléatoires, comme si le livre oubliait des mots, ce qui pourrait être le cas car l’encre commençait à s’écailler. Mais Lénice était un homme qui, malgré ses défauts, avait une immense qualité : il aimait vivre. Il ressentait la vie en chacun. Il pouvait dire si les gens étaient heureux ou tristes, bons ou mauvais. Ainsi sut-il dès qu’il posa les yeux sur les contes, que le vagabond des histoires n’était pas heureux. Il avait cru l’être, puis, dans ses vieux jours, il avait compris qu’il avait échoué dans sa quête, et que finalement, malgré tous ses efforts, il n’avait pas vécu de la façon qu’il aurait voulue. Lénice se posa alors une question : quel pouvait être ce dernier voyage que l’ancien avait loupé ? Alors, il se leva en direction de l’étagère, prêt à saisir le dernier ouvrage, le seul qui avait rédigé de la main de vagabond lui-même, bien qu’il l’ignorât. Il dépoussiéra la reliure. Elle n’était ornée de rien, vierge en tous points. Il ramena néanmoins le livre avec lui lorsqu’il se laissa retomber dans le fauteuil. Il le saisit à deux mains, puis, les mains tremblantes d’une appréhension incomprise, l’ouvrit. A sa grande surprise, ce conte n’avait pas de titre. Il était simplement précédé d’une phrase, qui tenait en deux vers :
« A tous les héros qui m’ont accompagnés, je lègue cette dernière histoire.
La plus importante, la seule que je n’ai pas vécue. C’est la vôtre. »

*

Lénice avait un grand sac à dos et portait des bottes marron. Ses cheveux bruns étaient plus longs qu’à l’origine, et ils étaient noués par un bandeau de tissu rouge. La chemise de tartan ouverte, il transpirait à grosse goûtes. L’astre de feu tapait fort sur le sentier dégagé, et il aurait volontiers demandé aux arbres d’allonger leurs branches pour créer un peu d’ombre. Quelque peu influencé par les histoires de l’ancien, il le fit par amusement.
« Ô, êtres d’écorce, que j’aimerais voir vos majestueuses ramures s’étendre vers les cieux et créer l’ombrage sur votre sentier sinueux. »
Il rit de sa tirade, la forêt l’imita. Puis, lorsque l’écho s’estompa, la végétation s’exécuta. De la surprise au ravissement, Lénice rit de plus belle, et adressa à l’ancien un remerciement silencieux. Il continua alors sa route. Il avait son propre voyage à accomplir. Une magie que le vagabond n’avait pas connue l’attendait, mais il ignorait tout d’elle. Allait-il bientôt se réveiller ? Se rendre compte que ce n’était qu’un rêve ? Peut-être, mais il n’avait pas envie de se pincer pour vérifier. Lénice continua alors sa route. Il rencontra plusieurs intersections, mais ne se détourna pas du chemin. Les panneaux indiquaient parfois « Richesse », « Pouvoir », ou encore « Paradis ». Mais Lénice n’en suivait qu’un, celui dont parlait d’après lui le dernier ouvrage de l’ancien : « Vérité ». Les tentations se faisaient de plus en plus nombreuses, mais il est combattit. Il usa de la magie des lieux pour avancer. Lorsqu’une source d’eau minérale menaça de l’attirer hors de son sentier, il oublia sa soif, et sa gorge se dessécha. Lorsque la route parut bloquée par des chevaliers en armures terrifiantes, il pensa à un canular d’enfants, et c’est ce qu’ils devinrent. Mais alors, après un voyage qui, contrairement à ceux de l’ancien, ne se calcule par en lieues et en jours, il fut soumis à une tentation des plus terribles. Au milieu du sentier se débattait une jeune fille aux vêtements déchirés. Recroquevillée pour cacher sa nudité partielle, elle rampait pour échapper au Fou et au Croquemort. Lénice ne savait pas qui ils étaient, mais par leur allure, c’est le nom qu’il leur donna. La jeune fille, d’une beauté sans pareille malgré son allure échevelée, poussa un ultime cri de détresse et se lança dans les bois. Elle se fondit dans les broussailles, dans les terres des fées. Le Fou et le Croquemort se lançèrent à sa poursuite avec de grands éclats de rire, ceux de l’un teintés de folie tandis que ceux de l’autre ne reflétaient aucune joie, si bien que Lénice ne comprit pas en quoi il s’agissait d’un rire, mis à part le fait qu’il l’eut interprété de la sorte. Le jeune homme s’interrogea, cette fois-ci avec bien moins de raisonnements que les fois précédentes. Etait-ce une dryade ? Il l’aurait juré alors qu’elle filait entre les troncs. Mais il se ravisa. C’est sa beauté qui l’induisait en erreur. Dans les bois, il avait vu une dryade. Elle eût été dans l’eau aurait-il vu une sirène, dans les nuages un ange, dans l’atmosphère une étoile. Lénice continua sa route, car il savait que dans les histoires, la belle jeune fille était souvent un leurre, et que les seules qui devaient être sauvées habitaient en haut des tours gardées par les dragons. Elles avaient des cheveux d’or, et s’appelaient Princesse. Ce n’était pas le cas de celle-ci. Elle était d’une beauté plus sauvage, comme si le monde l’eut placée et façonnée de façon à ce qu’elle lui paraisse parfaite même dans l’état le plus pitoyable. Lénice hésita. Il avait laissé l’endroit loin derrière lui à présent, mais il ne pensait toujours qu’à elle. Sur l’intersection suivante, il distingua deux panneaux : « Vérité » et « Jeune fille en détresse ». Il se maudit, marmonna des excuses au vieil homme dont il ne réaliserait pas le dernier voyage, et fit demi tour. Le sentier avait disparu, il n’y avait plus que de vastes étendues de forêt dense, d’herbes, de ronces et de ruisseaux. Et Lénice avançait, au hasard et sans douter. La forêt était son allié, elle l’avait protégée du soleil, il lui faisait confiance, et elle le lui rendait.

*
Il crut entendre le rire du Fou, et pressa le pas. Il sentit derrière lui le souffle rauque d’un poursuivant, et comprit que le Croquemort l’avait repéré. Une main l’agripa et lui arracha sa chemise dans un craquement de tissu. Il trébucha mais se releva rapidement, remerciant son lutin gardien : cela aurait pu être sa nuque. Vêtu à présent de lambeaux, il se sentait très proche de la jeune fille. Il se dit qu’il avait peut-être fait le bon choix, et il affronta le Croquemort. Celui-ci pâlit, si tant est qu’il puisse devenir plus blanc encore. Sa cape mortuaire ne put supporter le regard si assuré du jeune homme qui lui faisait face. Les ténèbres s’enfuirent, et le Croquemort fut tout de blanc vêtu. Alors, métamorphosé, il lui lança :
« Allons donc, preux chevalier ! Sauvons la dame des mains du Fou ! »
Lénice l’approuva d’un signe de tête. Il n’avait jamais été courageux, pourtant, son assurance dans les dernières minutes lui paraissait être une forme de courage indéniable. Tout homme possède la bravoure, se dit-il. L’important est de savoir la trouver, car elle ne s’éveille qu’en des circonstances adéquates, qui différent selon chacun. Alors, fort de détermination et accompagné de son nouvel allié, il s’élança. Le Fou riait et riait, toujours plus fort. Ils pénétrèrent dans les zones malsaines que ses délires avaient créées. Les arbres ne respiraient plus, et l’eau n’était que marais. Les grelots de son chapeau tintaient. Il se pliait et se dépliait, hilare à s’en briser les côtes. Lénice revit la jeune fille, empêtrée dans le bourbier. Des lianes dansantes la maintenaient raide et lui nouaient chevilles et poignets. Des filets de sang s’égouttaient des marques laissées par les épines. Mais elle ne criait plus. Elle regardait Lénice, d’un air implorant. Celui-ci l’observait, admiratif de sa grâce, qui ne disparaissait pas à l’approche même de la mort. Mais elle s’enfonçait toujours plus. Alors son compagnon réagit.
« Je fais du Fou mon affaire, il n’est qu’homme à rire mais pas à agir ! Va donc sauver ta promise, tu ne me dois rien ! »
Lénice acquiesça. Le Fou bondit, pirouettes et galipettes agiles dans sa direction, mais il ne put le stopper, car fondait sur lui le héraut en cape blanche. Tous deux entreprirent une danse de béquilles et crocs-en-jambes. Et Lénice, lui, courait. Il s’arrêta aux bords du bassin, manquant de perdre l’équilibre et d’y tomber à son tour. Il tendit la main vainement avant de comprendre qu’il ne pourrait la tirer des lianes ainsi. Il fouilla alors son sac à dos. Il était vide, malgré sa taille imposante. Lénice pensait que ce sac lui fournirait ce dont il avait besoin. Tout au fond sa main tâtonnant, il sentit le doux contact du métal, et referma ses doigts sur un couteau. Alors, il se pencha à nouveau vers la jeune fille, qui avait continué à couler. Il défit une liane qui effectua sa dernière danse mortuaire mais il n’arriva à rien de plus. Lénice chassa de son esprit les derniers relents de lucidité, et il plongea. Le bourbier semblait bien clair vu du dessous, et lorsqu’il rouvrit les yeux, la jeune fille l’observa avec tendresse. Il la défit de ses chaînes, et ensembles, main dans la main, ils sombrèrent.

Lorsque le néant les enveloppa, le jeune homme éprouva la douleur la plus forte qu’il ai connue. Celle de la perte d’un être aimé. Car la main de la fille des bois s’était envolé. Peu à peu, alors qu’il croyait mourir, la chaleur regagna son corps, et il rouvrit les yeux. Il était dans une infinité blanche, dans un vide sans début et sans fin. Mais face à lui se tenait un vieil homme aux yeux brillants. Sa longue barbe et sa canne, alliées à des vêtements peu reluisants, lui donnaient l’air d’un mendiant. Mais Lénice compris qu’il était avec le vagabond. Alors, il lui dit :
« Monsieur, je vous prie de m’excuser, j’ai échoué. Je n’ai pas su atteindre la vérité, moi non plus. »
L’ancien sourit, découvrant ses dents gâtées.
« Echoué ? Non, mon brave ! Tu as réussi ! Qu’as-tu appris de cette aventure ? »
Lénice réfléchit un instant, puis répondit :
« Que toute magie est présente à qui veut la voir, mais que nous devons nous en servir pour trouver la source du bonheur : une personne à aimer. »
Le vieil homme hocha la tête…
« C’est exact, tu connais la vérité, à présent. »
Lénice secoua la tête, il ne comprenait pas tout.
« Mais, ne l’aurais-je pas découvert en suivant le chemin de la Vérité ? »
L’ancien au regard bienveillant lui avoua alors :
« Tu l’aurais appris… à tes dépends, tout comme moi. J’ai suivi le chemin, tout ma vie. J’ai vu et usé de magie, mais cela m’a conduit au bout du chemin. Et lorsque la vérité me parvint, j’étais vieux. Il était trop tard. La connaissance m’était désormais inutile. Je ne pouvais qu’essayer de la partager, pour qu’elle en aide un autre. »
Les yeux du jeune homme s’emplirent de larmes. Le vagabond repris :
« Va, à présent, va retrouver ta promise. Fais opérer la magie. »
La détresse l’envahit :
« Mais, je l’ai lâchée ! Je l’ai perdue ! »
La dernière phrase que notre ami entendit de l’ancien fut celle-ci :
« Tout ce qui est perdu… ne demande qu’à être retrouvé, tu ne crois pas ? »
La vision de Lénice s’embua, et il sombre de nouveau dans les ténèbres.

*

Le jeune homme rouvrit les yeux sur son fauteuil et se rendit compte qu’il s’était assoupit. Il tâtonna sur ses genoux sans trouver le livre, puis s’aperçut qu’il l’avait laissé tomber. Quand il le prit en main, il eut beaucoup de mal à réprimer sa surprise. En effet, toutes les pages étaient blanches. Vides. Aucune histoire n’avait été écrite. Puis il se souvint des vers au début, les seuls mots qui étaient vraiment écrits :
« A tous les héros qui m’ont accompagnés, je lègue cette dernière histoire.
La plus importante, la seule que je n’ai pas vécue. C’est la vôtre. »
C’était son histoire à lui. Et elle ne faisait que commencer. Lénice adressa un ultime remerciement à l’ancien, et reposa le livre sans pages dans l’étagère, où il attendrait de faire vivre une nouvelle histoire à son prochain propriétaire.

Notre ami Lénice quitta la chaumière sans rien emporter, et n’y revint jamais. Lui seul sait où il s’est ensuite rendu, mais nous autres, qui connaissons son histoire, pouvons aisément nous imaginer ce qu’il y a fait.

FIN.

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Re: Les nouvelles de Nei

Message par elm6 le Jeu 18 Aoû - 9:16

Je posterais aussi dans les nouvelles les écrits issus de La page arrachée, un petit jeu auquel je participe sur le forum de Zarok.
Le concept: on lance un dé, selon le chiffre on doit écrire entre 500 et 1000 mots issus d'un livre d'un genre défini (le genre change selon le chiffre du dé).

Pour le coup, je devais faire de l'horreur ou de la science-fiction. J'ai préféré la SF.
Fini le blabla, voici le texte.

--------------

Noir désert

[…] Et voila. Panne de fluide. Le moteur à H3O me lâche même pas trois cents kilomètres avant d’arriver. A quoi ça correspond ? Trois ou quatre minutes de vol ? Pas plus… Mais à pieds, au milieu de désert noir d’Irtak, ce sera un peu plus long. Je suis un des rares hommes encore vivants qui aiment marcher, c’est une chance. Et j’ai un sac plein de bouffe. Ça aussi c’est une chance. Cinquante capsules dans la poche droite, je tiendrais un bon nombre de jours. Et ma réserve de création d’eau minérale fonctionne encore, merci le cyber-dieu, j’ai au moins une chose qui ne tombe pas en panne.

La marche sur Irtak est assez monotone. Les trois soleils forment un triangle autour de ce désert, et leurs rayons s’annulent respectivement, la lumière bleue du Grand Froid atténuant les effets d’Atoms le Lointain et de Viva l’Etoile Naine. Le sol est boueux, car les détritus de la décharge planétaire ont, par un processus naturel, traversé les couches du sol jusqu’à regagner l’air libre à cet endroit précis. Ça ne pue pas vraiment, mais ça reste peu ragoûtant. Je devrais passer la nuit sur une des plaques de Metarock qu’on trouve à intervalles réguliers. Elles furent crées pour les atterrissages d’urgence. J’ai laissé mon vaisseau personnel sur l’une d’elles. Au moins il est intact, un atterrissage dans la boue noire eût été autrement plus gênant, car l’engin se serait enfoncé de moitié dans le sol le temps que je revienne le chercher avec un dépanneur stellaire. Je bois une ration d’eau. Je me demande ce qu’il en est des autres messagers. La station amirale de la ville haute a eut l’intelligence d’envoyer plusieurs personnes avec le même message. Afin d’être sûrs que le contenu de celui-ci arrive à bon port. Une telle initiative me laisse penser que j’ai entre les mains un ordre ou une information de la plus haute importance pour le Conseil. Mais je ne suis pas habilité à ouvrir le message, et si je le fais, la reconnaissance électronique du disque porteur déclenchera une alarme. Aller en prison pour avoir été trop curieux serait bête. Je me contente donc de faire mon travail. Ceci dit, d’autres seront arrivés avant moi à ce rythme, même si je suis parti le premier.

La journée a filé et les trois astres se sont croisés. Chacun se couche de son côté, et l’absence de leurs rayons ne modifie que la luminosité. La température reste la même. C’est pas ici qu’on attrape un rhume à cause du chaud-froid. J’avance à tâtons, jusqu’à voir une lueur. Une lumière argentée, fluorescente et terne à la fois. C’est un Metarock. Mon salut pour la nuit. Je m’en approche prudemment et sans bruit. Des hors-la-loi, ou des flibustiers – de pirates de l’espace – aiment faire halte dans ce genre d’endroits peu fréquentés eux aussi. Et ils réservent un accueil peu ragoûtant aux touristes dans mon genre.
Ma prudence porte ses fruits. Sur le Metarock, j’aperçois des mouvements. Un vaisseau est posé. Son inclinaison est bizarre, on dirait plutôt qu’il s’est à moitié crashé dessus. Des éclats de voix retentissent, et une silhouette sur le rock lève un bras. Un jet de plasma jaillit, et d’autres hommes, ceux autour du vaisseau, sont submergés par le flux. Ils hurlent un temps. Très court. Puis ceux à l’avant se désagrègent, carbonisés, tandis que les plus à l’arrière tombent, encore entiers mais probablement plus que morts. La scène, vue dans la pénombre, reste choquante, mais j’ai pu me retenir de hurler, ou encore de vomir. La voir de près eut été autre chose. La silhouette qui avait levé le bras, humanoïde elle-aussi, tourne sur elle-même, inspectant les alentours. Puis des propulseurs jaillissent de ses pieds, et elle décolle comme une fusée, dans une direction qu’elle seule connait.
Je remercie encore une fois le cyber-dieu. Cette chose était un cyborg. Il devait être équipé d’une vision thermique et aurait pu me repérer s’il avait été moins négligeant. Heureusement, les cyborgs ont conservé un cerveau humain, et leur tendance à se tromper est aussi forte que chez n’importe lequel d’entre nous.
Maintenant qu’il est assez loin, je m’approche du Metarock et du vaisseau échoué. Il s’agit d’un Z-Fly, un chasseur, comme le mien. Mais dans un état critique. Il a un réacteur endommagé, suite à un tir ennemi probablement, et le pilote a du se jeter sur le rock d’urgence. Triste fin que de se faire carboniser par un jet de plasma en débarquant. Je ravale ma salive, inspire un bon coup, et j’entreprends d’examiner les corps, juste au cas où. Je ne suis pas déçu. L’un deux, surement le pilote de l’engin, est un des messagers partis juste derrière moi de la ville haute. En voila un qui n’arrivera pas à bon port. C’est inquiétant. Il a été attaqué, par les autres hommes qui se trouvaient là on peut croire, car derrière un relief du Metarock se trouve un autre vaisseau, intact. Le cyborg cependant, n’a fait aucune différence, et les a tous tués. Combien y avait-il de camps dans cette altercation ? Aurais-je été moi aussi attaqué en arrivant là ? Alors, peut-être que ma panne n’est pas une malédiction, mais une bénédiction…
En attendant, je vais dormir dans un coin, et demain, je marcherais encore. A moins que je n’arrive à démarrer le vaisseau de ces types. Ils n’en auront plus besoin à présent. Mais je ne me fait pas d’illusions là-dessus, je n’arriverais probablement pas à briser le code de sécurité.
Quel monde pourri… […]


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Re: Les nouvelles de Nei

Message par elm6 le Mar 24 Jan - 12:03

Contes et Légendes d’Ailleurs
Amanpeine


Cathédrale de Lyre, 1872.

Le sol est froid, la pierre est dure. Je trempe dans une humidité désagréable. Poisseuse. J’entends des gouttes et des pas qui résonnent. A l’extérieur, en bas, un fiacre passe sans s’arrêter. Je ne la sens plus, où est-elle ? Après tous ces efforts pour la retrouver, je ne veux pas m’endormir. Mais chaque seconde la pierre devient plus accueillante. Elle semble se réchauffer tandis que je refroidis. Ceux qui passent m’ignorent. Ils ne me voient pas. Qui suis-je ? Que suis-je ? Mes souvenirs remontent si loin, si loin avant moi … J’y retourne.


Cathédrale de Lyre, 100 ans plus tôt

Je pourrais dire qu’il s’agit de moi, puisque je partage ses sens, mais laissons à mon hôte ce qui lui appartient. Un homme de taille moyenne, encore jeune, contemplant une cathédrale déjà ancienne, majestueuse et robuste. Everell Saure, tel est son nom. Ses cheveux sont noirs, son visage quelconque, son passé insignifiant. Un monsieur-tout-le-monde, pensera-t-on. Pourtant, quelque chose le distingue. La larme. Everell Saure pleure celle qui ne le voit pas. Il pleure celle qui ne le pleure pas. Son œil droit cligne, voit, se meut, mais son œil gauche, terne est gris, distingue le présent comme un passé, immobile. Et sur sa joue, une larme s’est figée, immortelle. La larme par l’œil du passé, symbole présent d’une tristesse future, éternelle et pourtant encore inconnue.

J’ai déjà vu tout ça, dans mes rêves, mais Everell semble toujours le vivre pour la première fois. Je voudrais lui crier, dans sa tête, d’aller la chercher ! De courir dans la cathédrale et d’en gravir les marches à toute vitesse. Mais il ne m’entend pas. Je suis un spectateur. Everell rumine car elle est en retard. Il regarde à gauche, à droite, devant derrière… mais pas en haut. Il tripote nerveusement sa montre à gousset dorée, puis il se tourne vers la porte de la cathédrale et entame un long hurlement de haine, car elle n’est pas venue. Pendant ce temps, derrière lui, un vent funeste se lève. Il siffle comme un serpent mortel, et s’écrase dans un fracas d’ossature brisé. Toujours hurlant, Everell titube et tombe, la main sur le cœur, à genoux. Il fait volte-face, péniblement, alors qu’il sent la vie s’évaporer. Et lorsqu’il la voie, son hurlement de haine se mue en cri de désespoir.
Ainsi Everell Saure s’éteignit, transpercé de part en part après la chute mortelle de son aimée, tas de haillons sanglants, nuque, bras et jambes formant des angles interdits. Certains dirent que c’est une crise cardiaque qui fit littéralement exploser le cœur d’Everell. D’autres crurent que son lien avec la belle était si fort que la fin d’une vie engrangea immédiatement la fin de l’autre. Et moi qui suit là, invisible, j’aperçois une vapeur argentée s’échapper du corps de la Dame de Lyre. Son âme s’enfuit, et je quitte cette époque pour m’éveiller dans mon lit, en sueur.


Quartiers du centre, Lyre, 1871

A présent que le corps dont je partage les sens est bien le mien – du moins je crois – je vais devoir révéler mon identité. Je suis Frédérick Peine, un journaliste œuvrant pour le meilleur quotidien de la ville, nommé Toutàlyre. Mes articles en font la Une depuis quelques mois, et les plus anciens reporters me regardent d’un mauvais œil. Ils ont quelque difficulté à admettre qu’un petit jeunot vole la vedette aux rédacteurs chevronnés qu’ils sont. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’au-delà du talent, il y a la chance. Et moi, j’ai beaucoup de chance.
Je me lève et éponge ma sueur, car mine de rien, je me réveille d’un songe pas spécialement agréable. Je me rends dans la modeste cuisine de mon plus que modeste appartement. Je bois un café, et j’enfile des vêtements pour sortir. Je sens qu’aujourd’hui sera une grande journée. Comment le sais-je ? Aucune idée. Un pressentiment. Et j’aime suivre mon instinct, alors je m’y fie, n’adressant de prières qu’à Dame Chance.

Au dehors, je m’apprête à arrêter un fiacre pour me rendre aux bureaux, puis je me ravise. Mes quelques pièces de cuivre seront plus utiles pour me payer un repas. J’écume les ruelles, à l’affût de découvertes sur mon chemin matinal. Mais je ne rencontre que misère et banalité. Hors les gens ne veulent pas du banal, et je n’aime pas écrire sur la misère. Je laisse ça aux moins efficaces d’entre nous, histoire qu’ils aient l’impression d’avoir un travail intéressant. J’arrive sur la grand-place, et mon attention est immédiatement attirée par les grands échafaudages qui tapissent la cathédrale. Elle est en rénovation depuis un certain temps. Des cris éveillent ma curiosité. En bas, un ouvrier est assis, entouré de ses compères qui avancent et reculent, comme s’ils voulaient le réconforter tout en le craignant. Il est vrai que ses grands yeux exorbités lui donnent un air fou, voire possédé. Il regarde partout, effrayé. Comme je ne crois pas au diable, je l’approche.
« Que s’est-il passé, mon brave ? »
Il ne me voit même pas. Mais il a du m’entendre, plus ou moins car dans son délire, il bégaye l’ombre d’une réponse.
« L’â…l’âme en peine, celle qui s’est brisée ! Elle l’aura ! Aaah ! »
Ces quelques mots décousus, appliqués aux souvenirs de mon ami d’autre-temps feu Everell Saure, vont constituer le point de départ de ce qui va être le plus grand article de ma vie. Dame Chance, c’est trop d’honneur…


Bureaux de Toutàlyre, Lyre, 1872

Depuis un an, je cours après elle. Je ne consacre qu’un maigre temps au reste, et si j’ai réussi à conserver mon emploi, je ne suis clairement plus la vedette, au grand plaisir de tous mes collègues. Durant cette année, les asiles de fous et les morgues ont connu une activité croissante. Amanpeine est devenue le fantôme le plus craint de la ville, le principal sujet de discussion à la nuit tombée, l’argument des parents pour ne pas laisser les enfants sortir le soir. Et je suis probablement le seul vivant ici à la poursuivre plutôt que la fuir. Les grands hommes sont souvent des grands idiots pour qui ça a bien tourné. Quelqu’un de très sage disait ça, même si j’ai oublié son nom. J’espère que sa théorie s’appliquera pour moi.
Mon dossier se complète, j’ai réuni des tas d’informations. Le fantôme, dont l’existence ne fait plus l’ombre d’un doute, ne se meut que dans les vieux quartiers. Uniquement ceux qui existaient il y a cent ans. Elle hante la cathédrale tous les vendredi, et l’œil attentif peut apercevoir sa forme argentée sur le toit, près de la statue à sa propre effigie. Bientôt, bientôt j’aurais tout ce qu’il me faut. Mais avant ça, dernière épreuve, dernier boulot : je dois rencontre le fantôme de la Dame. Une discussion si possible, un cliché pour l’article, indispensablement. Je quitte donc le bureau, sous le regard emplit d’indifférence de mes collègues.


Cathédrale de Lyre, 1872

Me voila à la cathédrale. Depuis l’année dernière, les travaux sont presque terminés. Des ouvriers y travaillent toujours, mais ils oeuvrent dans le détail, si bien que les échafaudages pour la rénovation massive on été retirés. La bâtisse est à nouveau belle, majestueuse. Effrayante même, lorsque l’on connait son histoire. Alors que je gravis les marches vers la grande porte, le souvenir ressurgit. Je me retourne, mais pas de cadavre non. Nous ne sommes pas il y a cent ans. Je frissonne malgré tout, puis j’entre dans la froideur des lieux. Je traverse d’une traite la salle de prières, j’adresse une révérence rapide à l’évêque, occupé près de ses cierges, et je me faufile dans une ouverture à gauche. Cela mène à d’étroits escaliers en colimaçon, interminables. Et au fur et à mesure que je tourne, je m’imagine la belle, courant en pleurs, vers le sommet. Je m’imagine Everell la poursuivre, quatre à quatre, chose qu’il n’a pas faite, puisqu’il ignorait tout de sa présence en ces lieux.

J’atteins finalement le toit, constitué d’un ultime bâtiment, mi-clos, abritant le clocher, et d’un large balcon bordé d’un mince, d’un frêle parapet. J’avance prudemment. Le fantôme de la Dame est-il là ? On ne dirait pas. Pas encore. Mais nous sommes vendredi. Elle viendra. Au centre du balcon fut érigée une statue. Elle est nommé Dame de Lyre. Les gens ne sont pas certains qu’elle représente celle que je crois, mais c’est pour moi une certitude. J’ai vu son visage, bien qu’elle fut morte et dans un état pitoyable, c’est bien la même. La statue est réussi, mais elle ne lui rend pas le quart de sa splendeur. Sauf dans les yeux, et le cristal qui orne son cœur. Ils semblent comme vivants. Nul homme ne supporte le regard de la statue. Depuis sa création, il est de notoriété publique qu’on ne peut soutenir ses fausses pupilles bien longtemps. Etrangement, je peux. Non sans désagrément, mais j’ai l’impression de la comprendre. De me fondre dans la peine d’une vieille amie.
Soudain, une voix retentit derrière moi. Masculine et comme brisée.
« Elle ne viendra pas. »
Je me retourne subitement. Je fais face à une vapeur argentée humanoïde, mais ce n’est pas la dame. Je comprends alors, que nous nous méprenions, que je me méprenais. L’âme en peine n’était pas la Dame. C’était Everell. Puis un éclair, une tension me met à genoux. Tout finit par disparaître, je suis aveuglé par un improbable éclat de noir.

Lorsque mes yeux se rouvrent, ce n’est pas moi qui m’en sert, mais eux qui me contemplent. Je ne suis que vapeur informe, sans l’éclat d’argent qu’avait le fantôme. Je ne suis pas destiné à persister. Mon propre corps, à présent orné de cet œil gris et immobile, ma joue dans laquelle s’est sculptée la larme figée, tout ça se meut, me traverse comme si rien, et dépose un baisemain sur la statue de la Dame de Lyre. Dans les yeux et le cœur de cristal de celle-ci, on jurerait déceler un éclat.

Le sol est froid, la pierre est dure. Je trempe dans une humidité désagréable. Poisseuse. J’entends des gouttes et des pas qui résonnent. A l’extérieur, en bas, un fiacre passe sans s’arrêter. Chaque seconde la pierre devient plus accueillante. Elle semble se réchauffer tandis que je refroidis. Ceux qui passent m’ignorent. Ils ne me voient pas. Qui suis-je ? Que suis-je ? Mes souvenirs remontent si loin, si loin avant moi …
Alors, après un grand rêve retraçant deux vies, mon âme brisée s’éteint. Mon article fera un carton, et il paraîtra sous mon nom. Mais celui qui va réellement jouir de ma vie et de mon corps, se nomme Everell Saure.

FIN

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Re: Les nouvelles de Nei

Message par elm6 le Dim 7 Oct - 18:23

J'avais semble-t-il oublié de poster cet écrit. Donc je le rajoute avec un certain retard!


Le Chant des Nuages


[…]

Le passé me travaille depuis des nuits. Je revois les évènements de notre triste histoire, vécus ou contés, vérifiés ou gobés. La guerre Colombienne, lorsque le navigateur éponyme façonna un royaume d’outre-mer et entreprit de dévaster l’Europe à l’aide de ses hordes cannibales. La victoire de nos forces après la Terreur, délivrées par l’alliance inopinée entre Tartares et Mongols. Puis la conquête par le feu du continent sauvage, dix ans plus tard.
Le grand séisme, après cent ans sans vagues, qui sépara les Amériques et fit de leur centre un amas d’îles dépareillées que nous nommerions ultérieurement l’Archipel du Silence.
Puis, alors que mon père était pupille, la dévastation des Cent Guerres, durant lesquelles la totalité des forces mongoles furent coulées en mer par un bombardement japonais. La guerre civile qui faisait simultanément rage en Europe Centrale, opposant classe ouvrière, mafias, et géants économiques, triangle sans autre équilibre que le poids de l’hémoglobine versée. Sans parler du clash entre les deux Amériques, dont l’affrontement fit comme victimes collatérales une partie de la population de l’archipel silencieux.
Et alors, quand peu avant ma naissance, tout s’est tassé, la découverte du nucléaire. C’est là que tout bascula. Les hommes, forts de se quereller pour des terres, entreprirent de conquérir les cieux. Ils s’unirent un temps, pour la mise en place de réacteurs anti-gravité et de monumentales plateformes destinées à accueillir les cités célestes. La première fut élevée au-dessus des ruines encore fumantes de l’archipel, sur lequel on eut ancré le monstrueux réacteur. Puis d’autres suivirent, surplombant le Fuji-Yama, dont l’ardeur amplifiait la force thermique de la machine, dans les cieux du désert australien s’envola la plus grande, flirtant avec les glaces et les aurores boréales de Svalbard la plus mystérieuse, et même, ombrage au-dessus de Paris, l’une que l’on disait accessible sans navette grâce à une fine tour et un ascenseur. Il y en a avait temps… et il y en a aujourd’hui plus encore.
Mais les forces politiques et économiques n’ont jamais eu et n’auront en aucun temps une notion solide de l’entente et de l’amitié. Elles ne tardèrent pas à se disputer ces villes, et la guerre recommença, pour la domination de ce que les hommes avaient eu la prétention et la folie d’appeler le « Nouveau Monde ».

Pour ma part, esprit d’homme lassé des machines volantes, du grabuge, des célébrités malaimées, je me laisse divaguer. Mes rêves m’éloignent des plateformes et des civilisations, pour m’égarer au sein des vols d’oiseaux. Comme il date, le dernier jour auquel j’ai entraperçu une mouette, un rouge-gorge ou une perdrix ailleurs qu’en photographie ou peinture… Ici, je ne vole qu’auprès d’un simple pigeon blanc, mais la joie que m’inspire sa vue le hisse à la hauteur et la grâce des colombes. Seulement alors, son plumage de neige flétrit et verdit. L’air s’emplit d’une odeur fétide que dégagent ses orbites noires et vides grouillantes des affres de la mort, et, quand il ouvre son bec, le cri strident sonne comme l’horripilant vomi de sa terreur, qui m’enveloppe et me submerge entièrement.

Je m’éveille en sursaut et en sueur, fiévreux, dans la cabine boisée de ma base perchée, empli de tout mon être par une certitude inébranlable : il faut rendre le ciel aux oiseaux.

[…]

Les débuts de rides sur mes doigts agrippent la rambarde de chêne. Mes yeux, aidés par une paire de lunettes corrigeant une myopie douce, savourent le doux paysage des nuages, ici juchés autour de ma base de Boisenciel, mon repaire, mon chez-moi. De cette immense baie vitrée, l’ont pourrait oublier que quelques centaines de mètres au dessus de nous se trouve une surface à laquelle les fondations s’agrippent solidement. Depuis toutes ces années, depuis le Rêve, je suis resté fixé sur mon but : rendre à César ce qui est à César. Ce qui lui est dû et non ce qu’il s’est approprié. Les fils électriques, les toits et les tours ne sont pas aux créatures à plumes. On les y tolère tout au plus. Mais le ciel, le ciel est leur royaume, et nulle conquête, nul argument ne devrait le leur ravir.

Pour me faire entendre, j’ai au départ manifesté. Pancartes et hourras allant, sermons cinglants et slogans chantant. J’étais seul, bien entendu. Les gens n’ont cure des pigeons. Il n’y a que Ned Harris, le fou solitaire frôlant la quarantaine que je suis, pour s’en soucier. Les passants les plus bienveillants m’offrent des sourires gênés. Les plus hautains les troquent contre des rictus condescendants. Le commun m’ignore, les colériques m’enseignent des jurons nouveaux et me remémorent les anciens. Un jour, des jeunes à l’allure peu entraînante, voire fort déplaisante, sont allés jusqu’à me lancer des graines, pour « regarder si j’irais picorer et voler avec mes amis poseurs de fientes ». Ils étaient partis et je restais encore dépité, pancarte ballante, au milieu de la rue, jusqu’à ce qu’un petit bruit me ramène à la réalité. Petit bruit pour petite chose. Baissant les yeux, j’aperçus une fillette en haillons, de onze ou douze ans seulement, qui ramassait les graines. Comme elle se redressait, elle piocha de sa main gauche dans sa main droite où siégeaient les incommodes victuailles, puis en mis quelques unes à la bouche, qu’elle goba, l’œil rieur, avant de m’affirmer :
« Tu sais, ce n’est pas si mauvais ! »
J’ai plus tard béni ce jour, car j’ai ramené avec moi la petite, une orpheline du nom de Meadows Waltz. J’obtins ainsi la première adepte de ma cause, mais surtout, le temps me le ferait comprendre, j’avais en cet instant trouvé la fille que je n’aurais jamais eue…

[…]

Je déambule dans la salle de détente de Boisenciel. Ma rébellion est en marche, j’ai désormais la possibilité de porter un gros coup au Nouveau Monde. Mais encore faut-il m’en convaincre moi-même. Ma motivation s’ébranle de temps à autres, car j’ai désormais autre chose à protéger. Mais alors revient me visiter en rêve le pigeon vert crachant sa peur, et je me réveille plus déterminé que jamais. Des pas se font entendre sur le plancher derrière moi, et une jeune fille de dix-neuf ans, ma Meadows, pénètre dans la pièce.
« Ned, ce gringalet de Wet veut te voir, il dis que son travail avance. »
J’acquiesce d’un hochement de tête. Wet… du haut de ses quinze ans, que ma fille traite de gringalet mais que le commun surnomme Dynamite, de part sa tendance à faire exploser toute chose. Je l’ai ramassé, en haillons aussi, et orphelin cela va sans dire, sur l’Archipel du Silence. L’on eu cru qu’être originaire de cette terre innocente maintes fois dévastée lui ait inculqué un profond dégoût pour les conflits et les engins explosifs, mais non. Mécanicien dans l’âme, il prenait un plaisir incroyable a monter des engins volant, capables d’exploser ou de brûler. Sans l’ombre d’un vice toutefois. C’est un garçon gentil qui ne souhaite de mal à personne, il ne s’extasie que devant la beauté des étincelles, la grâce de la fumée…
Je me met en marche vers son atelier, qui autrefois fut le mien. Meadows déjà s’en est allé. Elle-même surnommée la Tempête, elle a pris une part active dans notre rébellion. Je n’ai pas nommé de grades car la hiérarchie est source de conflits, mais les gens le font d’eux même, et la considèrent comme ma seconde. Tant mieux, cela signifie qu’ils la suivront continuer ce que j’ai commencé, dans le cas où quelque chose m’arriverait. Arrivé au plus profond de la base, je me glisse dans l’atelier. Le gamin se lève d’un point, retire avec ferveur ses lunettes de protection, et, une soudeuse toujours en main et branchée, accourt vers moi.
« Leader ! Leader ! C’est presque prêt ! Venez voir ! »
Je souris.
« Pose d’abord cette soudeuse, Wet, tu risque de blesser quelqu’un. »
Il rougit légèrement, et s’exécute. Puis revient à la charge.
« Regardez ! Le moteur ! »
La table est emplie de multiples pièces aux formes saugrenues et de taille variables.
« Je ne vois là que des babioles. »
Le petit me lance un regard noir.
« Vous comprenez rien à la mécanique décidemment, leader ! Des babioles ! Voyez-vous ça ! Le moteur n’est juste pas assemblé ! Ceci fait, placez le sur un avion résistant et vous supplantez en vitesse n’importe quel chasseur de l’armée céleste ! Aux commandes d’un tel bijou, jamais vous… »
Je l’ébouriffe en riant.
« Je te fais confiance, gamin. Faudrait que t’apprennes à te rendre compte quand on te taquine. Tu peux te reposer pour aujourd’hui si tu veux. L’assemblage des pièces peut attendre demain. »

Je fais volte-face pour regagner une autre partie de la base lorsque Wet m’interpelle.
« Leader… comment faire disparaître ça maintenant ? Ces grandes cités ? »
Je retourne à côté de lui et le prends par les épaules. Nous nous asseyons.
« - Quand j’étais jeune, mon garçon, et que les oiseaux osaient encore arpenter les cieux, il arrivait, parfois, que j’accompagne mon grand-père à la chasse. Alors, quand le vent et la chance nous souriaient, nous ramenions une caille pour le dîner.
- Et ? Quel rapport ?
- Les plateformes, ce sont des cailles. De bonnes grosses cailles. »
Le regard étincelant et la voix légèrement tremblante, le gamin me rétorque alors :
« Dans ce cas, il va vous falloir un fusil. Et un bon gros fusil. »

[…]

Le grand jour, enfin. Wet n’a pas menti, ce foutu gamin qui ne vole pas le titre de génie. Pas prétentieux pour un sou, lorsqu’il affirmait la puissance de son moteur. Nous avons traversé les lignes ennemis à une telle vitesse que les chasseurs d’élite adverses semblaient à l’arrêt. Maintenant à l’intérieur du périmètre de sécurité, ils ne pourront pas nous arrêter. Le pilote, un homme meilleur que moi, maintient le bolide en suspens au dessus du réacteur géant. D’autres hommes, munis d’un treuil, hissent en bas une mystérieuse machine d’environ deux tonnes que Wet nomme le « Fusil ». Aucune idée de ce qu’il a pu mettre dedans, mais il affirme que lors de l’explosion, il ne restera du réacteur que de la poussière. Sachant que le-dit réacteur est un monstre blindé de trente cinq mètres de diamètre pour soixante-quinze mètres de haut, je pense qu’il vaudrait mieux pour nous filer très loin sitôt qu’il sera activé.
Le treuil laisse lourdement reposer le Fusil près de moi, sur les rondes qui entourent la machine géante. J’ai en tête le code, il ne me reste qu’à l’activer, et le sort en sera jeté. Près de moi, Meadows a l’air anxieuse, elle qui a toujours été si déterminée. Elle me jette un regard plein de doutes.
« Ned… tu pense vraiment qu’on doit le faire ? Semer la discorde et la destruction, faire couler le sang des innocents pour rendre le ciel aux oiseaux… c’est injuste. »
Je soupire. Elle a raison, c’est injuste. Mais qu’est-ce que la justice, tout compte fait ?
« La guerre, la mort, la haine et la violence… l’homme les chérit plus qu’il ne voudra jamais l’admettre. Il pourrait vivre en paix ; en harmonie, s’il le souhaitait. Mais il s’en lasse. Il se lasse du bonheur comme de tout ce qu’il touche ou qu’il obtient. Les oiseaux ne se sont, eux, nullement lassés du ciel. Et ne s’en lasseront jamais. »
Elle baisse les yeux. Pensive. Quant à moi, je ne peux me résoudre à faire un acte pour lequel l’un de mes enfants pourrait me haïr. Je concède donc :
« Le choix est tiens, ma fille. Tu connais le code aussi bien que moi. Tu peux suivre notre rêve, ou y renoncer, auquel cas nous partirons, avec Wet, vivre tranquillement à Boisenciel. »
Elle relève les yeux, où semblent brûler des flammes nouvelles.
« - Que veux-tu réellement, avec ta rébellion ? Que va accomplir le fusil ?
- Je me contente d’offrir à chacun ce qu’il souhaite au plus profond de lui-même. Aux oiseaux le vent, à l’humanité les tourments. »
La Tempête me jauge du regard quelques secondes, puis se tourne vers le Fusil. Ses doigts composent lentement mais surement le code. Le minuteur s’enclenche.
Les dés sont jetés.

[…]


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